AccueilACTUALITESÉpilepsie en Haïti : 7 Vérités sur le traitement (Interview Dr Augustin)

Épilepsie en Haïti : 7 Vérités sur le traitement (Interview Dr Augustin)

L’épilepsie, en Haïti, reste l’une des maladies les plus incomprises. Stigmatisée, souvent confondue avec la folie, elle touche pourtant des milliers de familles haïtiennes. Le Dr Herby Jean Bhutto Augustin, interne en médecine originaire de Jacmel, a accepté de briser le silence. Rencontre avec un futur médecin qui croit que l’information sauve des vies.

Il était 14 heures quand je suis arrivé chez lui. Vêtu de ses bleus de travail, le Dr Augustin venait à peine de rentrer d’un stage à l’hôpital communautaire de Cayes-Jacmel. Fatigué mais disponible, il m’a reçu dans sa chambre, assis sur son lit. Pendant une heure, il a parlé sans détour. Rencontre avec un futur médecin qui croit que l’information sauve des vies. Ce dossier s’inscrit dans notre mission de vulgarisation sur la Santé en Haïti.

Par Jeffrey Carl Augustin | Haïti Business | Jacmel, avril 2026

1. De Jacmel aux salles d’hôpital : un parcours de détermination

Herby Jean Bhutto Augustin a intègré la faculté de médecine de l’Université Notre-Dame d’Haïti en 2018. Sept ans de formation. Sept ans de solitude, de doute et d’insécurité. Mais aussi sept ans de détermination.

Ce qui l’a maintenu debout ? La volonté de rendre fiers ses proches et son père, qui l’a orienté vers la médecine depuis le début.

La détermination et le désir de rendre fiers mes proches m’ont aidé à tenir.

Dr Herby Jean Bhutto Augustin, interne en médecine

Aujourd’hui en internat, il vit la phase la plus importante de sa formation. C’est au chevet du patient, dit-il, que la vraie médecine s’apprend.

2. L’épilepsie en Haïti : briser les idées reçues

L’épilepsie est le résultat d’une activité électrique excessive dans le cerveau. Imaginez un orage électrique où les neurones envoient des signaux en désordre. Selon les standards de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), pour poser le diagnostic d’épilepsie en Haïti ou ailleurs, ces crises doivent être répétées et involontaires.

En Haïti, la maladie est souvent mal interprétée. Certains y voient un signe de possession ou de folie. Cette ignorance tue. Elle éloigne les malades des soins dont ils ont besoin.

Le Dr Augustin est direct : l’épilepsie est un trouble physique du système nerveux. Pas une maladie mentale. Pas une malédiction.

3. Pourquoi devient-on épileptique ? Les 4 causes principales

Les causes sont multiples et identifiables. Un traumatisme crânien grave peut laisser des séquelles cérébrales et déclencher des crises. Une tumeur cérébrale peut comprimer certaines zones du cerveau. Des infections comme la méningite ou l’encéphalite sont des facteurs de risque majeurs. Enfin, dans certains cas, une prédisposition génétique entre en jeu.

Il n’existe pas de profil type du patient épileptique. La maladie frappe sans distinction d’Age, de genre ou de condition sociale.

4. Toutes les crises ne se ressemblent pas

Contrairement aux idées reçues, l’épilepsie ne se manifeste pas toujours par des convulsions spectaculaires. Il existe deux grandes catégories de crises.

Les crises généralisées touchent l’ensemble du cerveau. Le patient perd connaissance et peut chuter. C’est la forme la plus connue.

Les crises partielles ou focales ne concernent qu’une zone précise du cerveau. Le patient peut rester conscient mais présenter des mouvements automatiques ou des sensations étranges. Ces crises passent souvent inaperçues.

5. Que faire face à une crise ? Le protocole en 5 gestes

Le Dr Augustin insiste : la panique est la pire réaction possible. Voici les bons réflexes à adopter.

Premièrement, sécurisez l’environnement en éloignant tout objet dangereux autour du patient. Deuxièmement, protégez la tête en plaçant un objet souple sous elle. Troisièmement, ne mettez rien dans la bouche. Contrairement au mythe populaire, personne ne peut avaler sa langue. Quatrièmement, une fois la crise terminée, placez la personne en Position Latérale de Sécurité pour libérer les voies respiratoires. Cinquièmement, restez à ses cotes jusqu’au retour complet de la conscience.

6. Le traitement de l’épilepsie en Haïti est possible grâce aux médicaments antiépileptiques?

Il existe des médicaments antiépileptiques qui permettent de stabiliser l’activité électrique du cerveau. Avec un traitement bien suivi, la majorité des patients peuvent mener une vie normale. Travailler. Etudier. Fonder une famille.

Le Dr Augustin est formel : si vous avez l’habitude d’avoir des crises, consultez un médecin. Ne restez pas seul avec votre maladie.

Deux facteurs sont clés pour réduire la fréquence des crises : un sommeil régulier et la réduction du stress. La régularité dans la prise des médicaments est non-négociable.

7. Un système de sante à la peine : le regard lucide du Dr Augustin

Pratiquer la médecine en Haïti n’est pas chose facile. Dans les hôpitaux publics, le personnel manque de matériel, de soutien et d’un salaire digne. Pourtant, la volonté d’aider reste intacte.

Pourtant, la volonté d’aider reste intacte. Ce qui a le plus marqué le jeune interne pendant ses stages, c’est la résilience des médecins. Ces hommes et ces femmes qui continuent de soigner dans des conditions parfois hostiles, rappelant la situation critique que nous décrivions dans notre reportage sur l’Hôpital Saint-Michel de Jacmel : entre crise et espoir en 2026. De vrais héros, dit-il, auxquels le pays doit beaucoup.

Il se souvient d’un soir de garde a l’hôpital Saint-Boniface de Fond-des-Blancs. Une femme sur le point d’accoucher, dans la cour de l’hôpital. La tête du bébé déjà visible. Il s’est précipite. L’accouchement s’est fait dehors, sur le sol. L’enfant a survécu.

Tout est à refaire. Il faut une meilleure politique de santé. Mais la volonté d’aider, elle, est là.

- Dr Herby Jean Bhutto Augustin

Pour conclure : l’information comme premier remède

Un évanouissement ou un mouvement involontaire n’est pas toujours synonyme d’épilepsie. Seul un médecin spécialiste, après un EEG ou une IRM, peut confirmer le diagnostic. Ne diagnostiquez pas vous-même.

Aux jeunes qui rêvent de devenir médecins, le Dr Augustin a un message simple : croyez-en vous. Apprenez bien. De grandes responsabilités vous attendent.

Et à la population haïtienne, il dit la même chose qu’il répète à chaque patient : consulter un médecin n’est pas un signe de faiblesse. C’est un acte de courage.

Avez-vous déjà été témoin d’une crise d’épilepsie ? Partagez vos questions en commentaires.

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