ENQUETE & JUSTICE
L’assassinat de Jovenel Moise a eu lieu le 7 juillet 2021. Quatre ans plus tard, deux tribunaux travaillent en parallèle. L’un est à Miami. L’autre est à Port-au-Prince. Les deux cherchent des coupables. Mais aucun des deux ne semble presse de trouver les vrais commanditaires. Enquête sur deux justices qui tournent autour du même silence.
Par Orel Laforet | Haïti Business | Mai 2026
1. La nuit du 7 juillet 2021 : les faits, heure par heure
Il est 1 heure du matin. Pétion-Ville dort. A Pèlerin 5, dans la résidence du président haïtien, un commando de 28 mercenaires enfonce les portes. Ils portent de fausses casquettes de la DEA, l’agence anti-drogue américaine. Leurs armes : des fusils d’assaut 5,56 mm et 7,62 MM. Leurs ordres : éliminer Jouvenel Moise.
Les premières lignes de sécurité n’opposent aucune résistance. Un complice a l’intérieur donne le signal. Le président est retrouvé criblé de 12 balles, de la tête à l’abdomen. Sa femme, Martine Moise, est touchée au bras, à la main et à l’abdomen. Leurs deux enfants sont indemnes.
Le matin, le premier ministre par intérim Claude Joseph confirme le meurtre sur les réseaux sociaux. Martine Moise est évacuée en urgence vers Miami pour y recevoir des soins. Quatre mercenaires sont tues dans les heures qui suivent. Vingt autres sont captures. Mais les donneurs d’ordres, eux, restent dans l’ombre.
2. Le procès de Miami : 4 accuses, une vérité fragmentée
Dans une salle du tribunal fédéral de Miami, quatre hommes comparaissent pour complot en vue d’assassinat a l’étranger. Antonio Intrigua, dirigeant de CTU Security. Walter Veintemilla, homme d’affaires accuse d’avoir financé l’opération. Arcan gel Pretel Ortiz, ancien militaire colombien. James Solages, Haïtiano-Américain.
Le sud de la Floride a servi de plaque tournante. Les réunions, les financements, la logistique du complot se sont organisés depuis le territoire américain. C’est ce lien qui justifie la compétence du tribunal fédéral.
Le jury ne répondra pas à la question : qui a ordonné le meurtre de Jovenel Moise ? Son rôle est de déterminer si ces quatre hommes ont participé à une conspiration précise.
— Cadre légal du tribunal fédéral de Miami
Le tribunal a posé des limites strictes. Il exclut certaines preuves issues de l’enquête haïtienne. Il refuse d’élargir les débats aux considérations politiques. En d’autres termes : Miami peut condamner des exécutants et des organisateurs logistiques. Mais Miami ne dira jamais qui a vraiment voulu la mort du président.
Cette dimension économique et politique du dossier Moise est explorée en détail dans notre analyse : L’impact politique du taux du jour en Haïti : Analyse du cas SEM Jovenel Moise
3. La justice haïtienne : une enquête qui blanchit plus qu’elle n’éclaire
En février 2024, 51 personnes ont été inculpées en Haïti. Parmi elles : la veuve Martine Moise, l’ancien premier ministre Claude Joseph, l’ex-chef de la police Léon Charles. Des noms lourds. Des arrestations qui ont surpris.
Mais les inculpations n’ont pas identifié qui a ordonné et finance l’assassinat. La question centrale reste sans réponse. En octobre 2024, la cour d’appel a annulé ces mêmes inculpations pour irrégularités et insuffisances. Une nouvelle instruction a été ordonnée. L’affaire repart de zéro.
En mai 2025, Haïti relance son enquête. Mais les troubles politiques, la violence des gangs, la chute de deux premiers ministres consécutifs ont fragilise l’appareil judiciaire. L’instruction avance lentement. Trop lentement.
Selon le Miami Herald, qui suit ce dossier depuis le début, les liens politiques sensibles en Haïti et les informations classifiées restent délibérément hors du champ judiciaire américain.
4. Felix Badio : l’homme qui sait tout et que personne ne veut vraiment entendre
Joseph Felix Badio est l’homme clé de ce dossier. Ancien responsable du ministère de la Justice haïtien, renvoyé en mai 2021 pour manquements éthiques, il est désigné par la police colombienne comme celui qui a donné l’ordre de tuer Jovenel Moise, trois jours avant l’attaque.
Selon les enquêteurs, il aurait loué une maison dans la rue de la résidence présidentielle pour espionner Moise. Il aurait coordonné la logistique de l’opération, acheté du matériel, et contacte les mercenaires le soir même du meurtre. Le New York Times rapporte que des suspects colombiens ont affirmé que Badio était le donneur d’ordres direct.
Arrête en octobre 2023 après deux ans de cavale — retrouve dans un parking de supermarché à Pétion-Ville — il a finalement comparu devant la cour d’appel en février 2025. Sa défense : il a été utilise. Il affirme ne pas connaître la résidence du président. Il accuse l’enquête d’omettre des noms cruciaux.
Radio-Canada rapporte que le chef de la police colombienne avait désigné Badio comme commanditaire présume dès les premières semaines de l’enquête, en juillet 2021.
En novembre 2025, il a été auditionne à nouveau dans le cadre d’une nouvelle instruction confiée au juge Denis Cyprien. Quatre ans après le crime. L’homme qui sait tout. L’homme que tout le monde cite. Et que personne n’a encore vraiment fait parler.
5. Miami contre Port-au-Prince : le parallèle qui accable les deux systèmes
D’un côté, la justice américaine est rigoureuse dans ses procédures, mais volontairement aveugle sur les commanditaires. Elle juge des logisticiens. Elle condamne des rouages. Elle ne touchera jamais au cerveau politique de l’opération.
De l’autre, la justice haïtienne dispose de la compétence territoriale pour juger l’intégralité de l’affaire. Mais elle est paralysée par les crises institutionnelles, les pressions politiques et les conflits d’intérêts. Les inculpations sont annulées. Les juges sont remplacés. Les dossiers recommencent.
Un tribunal juge des hommes, pas l’Histoire. Il fonctionne uniquement avec des preuves admissibles, ce qui restreint considérablement le contexte global.
— Cadre pénal — Limite structurelle des deux systèmes
Entre les deux, Felix Badio continue d’être auditionne. Martine Moise témoigne à Miami. Ariel Henry, suspecte d’avoir eu des contacts avec Badio dans les heures de l’assassinat, a fui le pouvoir en 2024. Dimitri Herard, l’ancien chef de la sécurité présidentielle, s’est évade de prison et accuse depuis sa cachette l’ambassade américaine de complicité.
6. Qui, des deux appareils de justice, donnera enfin justice a Jovenel Moise ?
La question est brutale. Elle doit l’être.
Miami condamnera peut-être quatre hommes. Des condamnations justes, mais partielles. Des rouages punis, pendant que les cerveaux restent libres. La justice américaine protège ses procédures. Elle ne protège pas la vérité.
Port-au-Prince, elle, possède les outils pour aller jusqu’au bout. Mais l’Etat haïtien va-t-il la volonté de le faire ? Quand on voit que des inculpations sont annulées, que des juges sont mis en disponibilité pour manquements graves, que des suspects s’évadent des prisons — la réponse s’impose d’elle-même.
Ni l’une ni l’autre de ces justices, dans leur état actuel, ne donnera justice a Jovenel Moise. Pas parce qu’elles ne peuvent pas. Mais parce que certains, des deux côtes de l’océan, ne le veulent pas.
La vérité intégrale sur les commanditaires de l’assassinat du président haïtien reste, quatre ans plus tard, enfermée dans les zones d’ombre de la politique haïtienne et internationale. Jusqu’à quand ?
Selon vous, lequel des deux systèmes judiciaires — Miami ou Port-au-Prince — a le plus de chances de révéler la vérité sur l’assassinat de Jovenel Moise ? Partagez votre analyse en commentaires.
Sources : Miami Herald | Radio-Canada | Le Nouvelliste | Associated Press | Reuters |
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Orel Laforet
Pasteur dévoué et militant politique engagé basé à Port-au-Prince. À travers son double engagement spirituel et citoyen, il œuvre pour le changement social et la justice en Haïti, apportant une voix forte au cœur des enjeux actuels de la capitale.



Cette article montre clairement le non dévouement des autorités a ne pas résoudre cette affaire et a laisser les Haïtiens,il est temps de se révolter
Luttons contre la corruption qui réduit de jour en jour notre pays,ce non dévouement nous montre que les politiciens n’ont rien a foutre du pays
Un acte malhonnête qui pousse encore plus a réfléchir
C’est tout a fait révoltant la façon dont ces corrompus malfaisants maltraitent notre pays!
Il faut vraiment faire quelque chose
Un acte révoltant
Le peuple doit se révolter contre cette injustice
Le peuple doit se révolter contre cette injustice et punir ce qui on commis cette acte irréparable
L’enquête sur l’assassinat de Jovenel Moïse reste toujours sans vérité complète.