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Entrepreneuriat féminin à Jacmel : Créer des emplois face à la crise

L’entrepreneuriat féminin à Jacmel s’affirme comme un moteur de résilience face à l’insécurité, à la baisse de l’activité économique et aux difficultés d’accès au financement. Couturières, commerçantes ou pharmaciennes, de nombreuses femmes continuent de créer des entreprises et de faire vivre leurs familles, participant chaque jour au développement économique de la ville. À travers leurs parcours inspirants, c’est toute la force et la détermination de l’économie locale qui s’expriment.

Rédigé par Mathurin Darianne Yanitza | Haiti business | 28 Juillet 2026

Quand l’entrepreneuriat féminin à Jacmel rythme la vie locale

Dès les premières heures du matin, Jacmel retrouve son animation habituelle. Avant même le lever du soleil, les rues résonnent des voix des marchandes ambulantes. « Ze bouyi », « Labapen », « Paté cho »… Ces appels familiers accompagnent le réveil de milliers d’habitants.

Derrière ces voix se cache une véritable économie. Chaque produit vendu représente une famille qui cherche à vivre dignement. Chaque panier transporté est le résultat d’un travail commencé parfois depuis plusieurs heures.

Ces femmes ne vendent pas seulement des aliments. Elles assurent une partie essentielle de l’approvisionnement des quartiers, soutiennent leurs proches et participent à l’activité économique de toute la commune.

Dans une période marquée par l’insécurité et le ralentissement des échanges commerciaux, leur rôle devient encore plus important.

L’entrepreneuriat féminin ne se limite plus à une activité de survie. Il devient un moteur économique pour Jacmel.

Le poids de l’entrepreneuriat féminin à Jacmel et en Haïti

Les chiffres illustrent cette réalité.

Selon les données citées dans le brouillon, les femmes représentent environ 85 % du secteur informel en Haïti. Elles assurent également près de 70 % des activités agricoles et constituent plus de 70 % des bénéficiaires des programmes de microfinance.

💡 Le saviez-vous ?

En Haïti, les femmes représentent environ 85 % des acteurs du secteur informel et constituent près de 70 % des bénéficiaires des programmes de microfinance. Les commerçantes appelées Madan Sara gèrent à elles seules près de 80 % de la distribution des produits alimentaires à travers le pays.

Leur présence est particulièrement visible dans le commerce alimentaire.

Les célèbres Madan Sara assurent près de 80 % de la distribution des produits agricoles et des biens de première nécessité. Riz, maïs, pois, mangues ou fruits locaux transitent quotidiennement grâce à leur travail.

Cette présence dépasse largement les marchés. Les femmes développent aujourd’hui des entreprises dans la couture, la santé, les services, l’alimentation ou encore l’artisanat.

Pourtant, leur contribution reste souvent peu reconnue alors qu’elle soutient une grande partie de l’économie nationale.

Raymonde Clerveau : Un exemple d’entrepreneuriat féminin à Jacmel

Raymonde Clerveau - Entrepreneuriat féminin à Jacmel
Entrepreneuse de Jacmel

Raymonde Clerveau

Fondatrice & Master Couturière — Atelier de Couture (Beaudouin)

« La qualité d’un professionnel se reconnaît à l’importance qu’il accorde à la satisfaction de ses clients. »

À Beaudouin, dans la commune de Jacmel, Madame Raymonde Clerveau a choisi de transformer son talent en activité professionnelle.

Son histoire commence bien avant l’ouverture de son atelier.

À seulement seize ans, elle confectionnait déjà ses propres vêtements avec une simple aiguille.

Cette passion l’a poussée à intégrer l’école de couture Création Marseille en 2016.

Depuis, son atelier ne cesse d’évoluer. Grâce à son sérieux et à la qualité de son travail, elle a progressivement fidélisé une clientèle venue de plusieurs localités.

Pour elle, la réussite repose avant tout sur la confiance.

« La qualité d’un professionnel se reconnaît à l’importance qu’il accorde à la satisfaction de ses clients », explique-t-elle.

Mais comme beaucoup d’entrepreneurs haïtiens, elle doit composer avec une réalité difficile.

L’insécurité réduit fortement les déplacements de la clientèle.

Des personnes qui venaient autrefois de communes voisines hésitent désormais à effectuer le trajet.

Cette situation entraîne une baisse importante des commandes et des revenus.

Malgré tout, elle refuse d’abandonner.

Au-delà de la confection de vêtements, Madame Clerveau forme également de jeunes passionnés de couture.

Elle partage son expérience avec la nouvelle génération afin de transmettre un métier capable de créer des emplois.

Pour plusieurs apprentis, son atelier représente une véritable école professionnelle.

Son parcours montre qu’une petite entreprise peut aussi devenir un lieu de formation et de solidarité.

À l’image de ce dynamisme porté par les femmes, la jeunesse locale fait preuve d’une audace similaire pour surmonter les difficultés, comme le démontre notre analyse sur L’entrepreneuriat à Jacmel : la jeunesse défie la crise.

Une pharmacie au service de l’entrepreneuriat féminin à Jacmel

Manouchka Jean-Baptiste - Entrepreneuriat féminin à Jacmel
Entrepreneuse de Jacmel

Manouchka Jean-Baptiste

Fondatrice & Pharmacienne — Pharmacie de proximité (Bois-Vital)

« Répondre à un besoin de santé essentiel dans sa communauté, c’est aussi cela entreprendre : rapprocher les soins de ceux qui en ont le plus besoin. »

À Bois-Vital, une autre entrepreneure a choisi de répondre à une urgence quotidienne.

La pharmacienne Manouchka Jean-Baptiste a constaté que les habitants de cette localité devaient parcourir plusieurs kilomètres pour acheter des médicaments.

Cette situation compliquait l’accès aux soins de nombreuses familles.

Face à ce constat, elle a décidé d’agir.

Malgré les difficultés économiques et les risques liés au contexte sécuritaire, elle a investi dans l’ouverture d’une pharmacie de proximité.

Rapidement, son initiative a trouvé sa place au sein de la communauté.

Les habitants disposent désormais d’un service essentiel sans devoir quitter leur quartier.

Cette proximité réduit les dépenses de transport et facilite l’accès aux médicaments de première nécessité.

Pour la jeune entrepreneure, cette première étape n’est qu’un début.

Elle souhaite développer davantage son entreprise afin de répondre aux besoins d’une clientèle plus large.

Son objectif est également de proposer des ventes en gros afin d’approvisionner d’autres commerces et structures de santé de la région.

Son parcours illustre une autre facette de l’entrepreneuriat féminin.

Créer une entreprise ne consiste pas uniquement à générer des revenus.

C’est aussi répondre à un besoin concret de la population tout en créant de nouveaux services.

Ester Laronde : 15 ans au cœur de l’entrepreneuriat féminin à Jacmel

À Jacmel, certaines entreprises reposent avant tout sur le courage et la persévérance. C’est le cas de Madame Ester Laronde, commerçante depuis maintenant quinze ans.

Son aventure est née d’une nécessité. Devenue mère très jeune, elle a rapidement compris qu’elle devait créer sa propre source de revenus. Sans emploi stable et avec des responsabilités familiales, elle décide de contracter un prêt pour lancer un petit commerce alimentaire.

Aujourd’hui, cette activité représente la principale ressource financière de son foyer.

« Sans ce commerce, je n’aurais pas pu répondre aux besoins de ma famille », confie-t-elle.

Mais derrière cette réussite se cachent de nombreux sacrifices.

L’insécurité demeure son principal obstacle. Les marchandises sont parfois bloquées pendant plusieurs jours sur les routes. D’autres disparaissent après des attaques menées par des groupes armés.

Chaque retard entraîne des pertes financières importantes.

Malgré ces difficultés, Madame Laronde continue d’investir dans son entreprise. Elle bénéficie aujourd’hui d’un financement auprès de la Caisse Succès et souhaite agrandir son commerce au cours des douze prochains mois.

Son conseil aux jeunes femmes est sans hésitation.

« Cherchez votre indépendance financière. Apprenez à gérer votre argent et n’ayez jamais peur de rêver grand. »

Son témoignage illustre la détermination de nombreuses entrepreneures qui refusent de laisser la crise définir leur avenir.

Les freins au développement de l’entrepreneuriat féminin à Jacmel

Créer une entreprise à Jacmel demande du courage. La faire grandir exige encore davantage de persévérance.

L’accès au financement reste l’un des principaux défis. Plusieurs entrepreneures expliquent que les banques demandent souvent des garanties foncières qu’elles ne possèdent pas. Cette situation limite fortement leur capacité à obtenir un prêt pour développer leurs activités.

Même lorsque des programmes de soutien existent, ils demeurent difficiles d’accès.

La Banque de la République d’Haïti (BRH) a mis en place plusieurs mécanismes destinés à encourager l’entrepreneuriat féminin. Toutefois, ces dispositifs passent généralement par des institutions financières partenaires et restent largement concentrés à Port-au-Prince.

Pour une commerçante installée dans le Sud-Est, accéder à ces opportunités peut représenter un véritable parcours d’obstacles.

Les responsabilités familiales compliquent également leur quotidien. Beaucoup de femmes doivent partager leur temps entre leur entreprise, leurs enfants et les tâches domestiques. Trouver un équilibre devient parfois extrêmement difficile.

À ces contraintes s’ajoute le manque de mentorat.

Plusieurs entrepreneures expliquent avoir reçu davantage de critiques que d’encouragements au moment de créer leur entreprise.

Certaines ONG apportent un soutien précieux au démarrage grâce à des formations ou à la distribution d’équipements. Cependant, une fois les projets terminés, l’accompagnement disparaît souvent.

Sans suivi technique ni conseils en gestion, plusieurs petites entreprises peinent à poursuivre leur croissance.

Pour encourager la création d’entreprises, des mécanismes incitatifs sont régulièrement présentés par la Banque de la République d’Haïti (BRH), bien que leur accès effectif dans les villes de province reste un défi pour de nombreuses commerçantes.

L’impact de l’entrepreneuriat féminin à Jacmel sur la communauté

L’entrepreneuriat féminin dépasse aujourd’hui le simple cadre de la création d’entreprises.

Ces femmes créent des emplois. Elles forment des apprentis, soutiennent leurs familles, dynamisent les marchés et assurent la circulation quotidienne des produits essentiels.

Chaque atelier de couture, chaque pharmacie ou chaque commerce alimentaire participe à l’économie de Jacmel.

Leur réussite profite à toute la communauté.

Pour renforcer cette dynamique, plusieurs acteurs pourraient jouer un rôle plus important.

Les banques pourraient développer des produits financiers mieux adaptés aux petites entrepreneures.

Les collectivités territoriales pourraient organiser davantage de formations en gestion d’entreprise.

Les organisations de développement pourraient assurer un accompagnement à plus long terme afin de consolider les entreprises déjà créées.

Enfin, les consommateurs ont également leur part de responsabilité.

Acheter auprès d’une entrepreneure locale, c’est soutenir une famille, préserver des emplois et encourager l’économie de proximité.

L’Analyse de Haiti Business

L’entrepreneuriat féminin ne doit plus être perçu uniquement comme une stratégie de survie, mais comme un véritable moteur de croissance pour le département du Sud-Est. Malgré les blocages logistiques et le manque de garanties bancaires, ces entrepreneuses réinvestissent leurs revenus dans la santé, l’éducation et l’emploi local. Pour libérer tout leur potentiel, le secteur financier et les partenaires au développement doivent impérativement proposer un accompagnement technique continu et des crédits adaptés aux réalités du terrain.

Conclusion : L’avenir prometteur de l’entrepreneuriat féminin à Jacmel

Chaque matin, bien avant le lever du soleil, des centaines de femmes prennent la route pour faire vivre leur commerce. Derrière chaque produit vendu se cache une histoire de courage, de travail et de résilience.

Madame Raymonde Clerveau, Manouchka Jean-Baptiste et Ester Laronde incarnent cette génération de femmes qui refusent de céder face aux difficultés. Leurs parcours montrent que l’entrepreneuriat féminin est devenu l’un des piliers de l’économie locale.

Pourtant, leur potentiel reste encore freiné par l’insécurité, le manque de financement et l’absence d’un accompagnement durable.

Donner davantage de moyens à ces entrepreneures ne serait pas seulement une mesure sociale. Ce serait un véritable investissement dans le développement économique de Jacmel et du Sud-Est.

Haiti Business lance un appel aux autorités publiques, aux banques, aux organisations de développement, à la diaspora et au secteur privé : soutenons davantage les femmes qui entreprennent. Elles ne demandent pas des privilèges, mais des opportunités pour développer leurs activités, créer des emplois et contribuer à une économie locale plus forte et plus résiliente.

Connaissez-vous une femme entrepreneure dont le parcours mérite d’être raconté ? Contactez la rédaction de Haiti Business. Ensemble, mettons en lumière celles qui bâtissent l’économie haïtienne, une entreprise à la fois.

Questions Fréquemment Posées (FAQ)

Quels sont les principaux obstacles à l’entrepreneuriat féminin à Jacmel ?
Les contraintes majeures comprennent l’accès très limité aux crédits bancaires en raison des garanties exigées, l’insécurité sur les axes de transport, l’absence de suivi technique après formation et la charge des responsabilités familiales.
Quel rôle jouent les femmes dans l’approvisionnement des marchés à Jacmel ?
À travers les circuits de distribution des Madan Sara et des marchandes locales, elles acheminent près de 80 % des produits agricoles et produits de première nécessité consommés par les ménages de la région.
Comment les banques et les ONG peuvent-elles mieux soutenir ces entrepreneuses ?
En créant des lignes de microcrédit adaptées sans exigences foncières restrictives, et en assurant un accompagnement sur le long terme (mentorat, gestion comptable, éducation financière) plutôt que des aides ponctuelles.
Mathurin Darianne Yanitza

Mathurin Darianne Yanitza

Auteure & Rédactrice – Haiti Business

Née à Port-au-Prince et résidant à Beaudouin (Jacmel), Mathurin Darianne Yanitza est une jeune passionnée d’art et de création âgée de 18 ans. Élève en classe de Secondaire III au Centre Alcibiade Pommayrac, elle cultive une grande sensibilité artistique.

Ancienne élève de l’école de musique Dessaix Baptiste, elle pratique le violon et s’intéresse activement à la couture, à la musique et à tout ce qui touche à l’expression créative et culturelle.

1 COMMENTAIRE

  1. A travers cet article vous montrez avec fermeté que la jeunesse féminine n’est pas à sous-estimer, et qu’il ne sert à rien d’attendre, il faut oser viser la lune, et se dire que si nous n’y arrivons pas, parmi les étoiles, nous serons.
    Félicitations ! Excellent article et excellente auteure.

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