La future centrale solaire de Jacmel représente l’un des plus importants investissements publics récents dans le Sud-Est d’Haïti. Mais un différend foncier entre l’arpenteur Bertin Domond et la Mairie de Jacmel soulève des interrogations sur l’avenir du projet. Au-delà de ce conflit, l’affaire met en lumière les faiblesses persistantes de la gestion foncière en Haïti et les défis auxquels sont confrontés les grands investissements.
Rédigé par Simon May Stacy | Haïti Business | 21 Juillet 2026
La centrale solaire de Jacmel : Un projet stratégique pour l’avenir énergétique du Sud-Est
Jacmel rêve enfin d’une électricité plus stable. Depuis plusieurs années, les coupures de courant freinent le développement économique de la ville. Les commerçants, les artisans et les établissements de santé doivent composer avec une alimentation électrique irrégulière.
Pour répondre à cette situation, les autorités ont lancé un ambitieux projet de centrale solaire à Mont Fleury. Selon les informations communiquées par les responsables du projet, celui-ci bénéficie d’un financement de plusieurs dizaines de millions de dollars avec l’appui de la Banque mondiale.
💡 Le saviez-vous ?
La Constitution haïtienne (Article 36.1) garantit le respect de la propriété privée, mais autorise l’expropriation pour cause d’utilité publique. Toutefois, celle-ci exige impérativement le vote d’une loi ou d’un arrêté d’utilité publique et le paiement préalable d’une juste indemnité.
Ce projet de centrale solaire de Jacmel de 46,5 millions de dollars s’inscrit dans le cadre du soutien stratégique des bailleurs internationaux. Vous pouvez consulter les rapports de la Banque Mondiale sur les projets énergétiques en Haïti pour comprendre l’ampleur des investissements engagés.
La future centrale solaire de Jacmel doit produire plusieurs mégawatts d’électricité grâce à des panneaux photovoltaïques et à un système de stockage par batteries. L’objectif est clair : renforcer la stabilité du réseau électrique et réduire la dépendance aux génératrices fonctionnant au diesel.
Les retombées économiques sont attendues. Une alimentation électrique plus fiable permettrait aux entreprises de diminuer leurs coûts de production. Les commerces conserveraient plus facilement leurs produits. Les ateliers fonctionneraient plus longtemps. Les centres de santé protégeraient mieux leurs médicaments sensibles.
Pour Jacmel, ce projet représente bien davantage qu’une nouvelle infrastructure. Il constitue un levier potentiel de développement économique pour toute la région.
Pour mieux comprendre les origines de cette infrastructure capitale, vous pouvez consulter notre précédent dossier : Centrale solaire Jacmel : Un tournant énergétique pour la cité d’Alcibiade Pommayrac.
Mais ce projet stratégique se retrouve aujourd’hui confronté à une difficulté qui dépasse largement les questions techniques.
Litige foncier : L’emplacement de la centrale solaire de Jacmel remis en question
Le terrain choisi fait aujourd’hui l’objet d’un différend. D’un côté, l’arpenteur Bertin Domond affirme être propriétaire d’une partie des parcelles concernées. De l’autre, la Mairie de Jacmel soutient que le terrain relève du domaine de l’État.
Ce désaccord soulève des questions importantes. Car lorsqu’un projet public repose sur un terrain contesté, les procédures peuvent devenir plus complexes et ralentir l’exécution des travaux.
Le dossier oppose ainsi deux lectures différentes d’une même situation foncière.
La version de Bertin Domond
Pour Bertin Domond, ses droits remontent à plusieurs décennies. Selon les informations qu’il communique, il a acquis cette propriété en 1997.
Il affirme qu’un arpentage officiel a été réalisé la même année. Il indique également que son enregistrement a été confirmé en 1998 auprès des autorités compétentes.
Selon lui, ces documents établissent ses droits sur la propriété.
M. Domond soutient également que des travaux réalisés par l’État ont entraîné la destruction de sa clôture et l’ouverture d’une voie d’accès sur son terrain.
Selon son récit, cette intervention aurait été effectuée sans procédure formelle d’expropriation ni indemnisation préalable.
« Nul n’est au-dessus de la loi. Je ne m’oppose pas au développement de Jacmel. Je demande seulement que mes droits soient respectés conformément à la loi. »
L’arpenteur précise qu’il ne cherche pas à empêcher la réalisation de la centrale solaire.
Il affirme plutôt souhaiter une solution conforme au droit haïtien, incluant, si nécessaire, une compensation juste et équitable.
La position de la Mairie de Jacmel
La Mairie présente une lecture différente du dossier. Selon les déclarations de la mairesse Lourdie César, les démarches administratives auraient commencé dès 2021.
La municipalité indique avoir sollicité un terrain auprès de la Direction générale des impôts (DGI) afin de permettre la réalisation du projet énergétique.
Selon la mairie, la DGI aurait identifié une parcelle appartenant au domaine de l’État et procédé aux démarches nécessaires.
Les responsables municipaux expliquent également que plusieurs consultations publiques auraient été organisées entre 2021 et 2025.
Ils affirment qu’aucune opposition officielle n’aurait été enregistrée durant cette période.
La mairie indique enfin avoir des interrogations sur la portée juridique des documents présentés par Bertin Domond.
À ce stade, chaque partie maintient donc sa position.
L’insécurité foncière en Haïti : Un obstacle majeur pour la centrale solaire de Jacmel
Cette affaire dépasse les limites de Mont Fleury. Elle met en lumière une difficulté ancienne qui freine de nombreux projets en Haïti : l’insécurité foncière.
Dans plusieurs régions du pays, des particuliers disposent de titres ou de documents qu’ils considèrent comme valides. Dans le même temps, certaines parcelles sont également identifiées comme appartenant au domaine public.
Cette situation nourrit des conflits parfois anciens et complique les investissements.
Une question revient alors avec insistance. Comment un terrain peut-il être reconnu par un particulier tout en étant présenté comme propriété de l’État ?
Cette interrogation mérite une réponse claire des institutions compétentes.
L’absence d’un cadastre national moderne, régulièrement mis à jour, contribue à entretenir ces incertitudes.
Pour les investisseurs, cette réalité représente un risque supplémentaire.
Pour les citoyens, elle alimente un sentiment d’insécurité juridique.
Droit de propriété vs utilité publique : L’impasse juridique autour de la centrale solaire de Jacmel
La Constitution haïtienne protège la propriété privée. Elle prévoit également la possibilité d’une expropriation lorsqu’un projet répond à une utilité publique.
Toutefois, cette procédure est encadrée.
Elle suppose notamment une base légale et le versement d’une indemnité juste et préalable lorsque les conditions sont réunies.
Dans le dossier de Mont Fleury, plusieurs questions demeurent ouvertes.
Une procédure d’expropriation a-t-elle été engagée si des terrains privés sont concernés ?
Les vérifications foncières ont-elles été réalisées de manière approfondie avant le lancement des travaux ?
Toutes les parties concernées ont-elles eu l’occasion de faire valoir leurs droits ?
Ces questions ne préjugent d’aucune responsabilité.
Elles traduisent simplement les interrogations que soulève aujourd’hui ce dossier.
📊 Chiffres clés du projet
- $46.52 Millions : Le financement global engagé avec le soutien de la Banque Mondiale.
- 4 Megawatts : La capacité énergétique cible du projet jumelé à la centrale thermique.
- 1998 : L’année d’enregistrement du titre de propriété présenté par Bertin Domond.
Quelle médiation pour sauver le projet de centrale solaire de Jacmel ?
Le temps joue contre tous les acteurs. Plus le différend perdure, plus l’incertitude peut peser sur l’avancement du projet.
Pour Jacmel, les enjeux dépassent le seul conflit entre un particulier et une administration.
Ils concernent également la confiance des investisseurs, la sécurité juridique des citoyens et la capacité du pays à réaliser de grands projets d’infrastructure.
Une médiation entre la DGI, le Ministère des Travaux Publics, la Mairie de Jacmel, les responsables du projet et Bertin Domond pourrait permettre d’examiner les documents, de clarifier la situation foncière et, si nécessaire, d’aboutir à une solution conforme au droit.
Questions fréquentes (FAQ)
1. Pourquoi ce litige foncier menace-t-il le financement international ?
Les bailleurs internationaux comme la Banque Mondiale imposent des règles strictes sur la sauvegarde sociale : tout conflit foncier non résolu entraîne généralement le gel ou le retrait définitif des fonds.
2. Quelle est la position de M. Bertin Domond ?
M. Domond affirme ne pas s’opposer au projet mais exige le respect des procédures légales d’expropriation et une juste indemnisation pour ses titres enregistrés en 1998.
3. Pourquoi la Mairie soutient-elle que le terrain appartient à l’État ?
La Mairie indique avoir fait une demande formelle à la DGI en 2021, qui a requisitionné la parcelle au nom du domaine public sans opposition enregistrée lors des consultations de 2021 à 2025.
4. Comment résoudre ce type de conflit en Haïti ?
La voie recommandée reste une médiation administrative tripartite (DGI, TPTC, Mairie, propriétaire) pour procéder à une conciliation ou une indemnisation amiable conforme à la loi.
Conclusion : Repenser l’arbitrage entre sécurité foncière et utilité publique
L’affaire de la centrale solaire de Jacmel dépasse le simple cadre d’un différend entre la Mairie de Jacmel et un citoyen privé. Elle agit comme le révélateur d’une faille structurelle majeure : l’extrême vulnérabilité du système foncier haïtien face aux impératifs du développement économique. Alors que la ville fait face à un déficit énergétique chronique qui paralyse ses forces vives, ce blocage démontre qu’aucun grand chantier d’infrastructure ne peut faire l’économie d’une sécurité juridique rigoureuse dès sa phase d’identification.
Pour préserver ce projet stratégique de 46,52 millions de dollars, l’heure n’est plus à l’affrontement par conférences de presse interposées, mais à l’instauration urgente d’une table de concertation tripartite réunissant la DGI, le Ministère des Travaux Publics, la Mairie et la partie lésée. Si les droits de propriété de M. Bertin Domond sont légalement confirmés, l’État dispose des mécanismes constitutionnels d’expropriation pour cause d’utilité publique, conditionnés par une indemnisation juste et préalable. À l’inverse, si le domaine de l’État est avéré, la transparence des actes permettra de lever définitivement les réserves des bailleurs internationaux.
En définitive, le respect de la légalité et la réalisation des grands travaux ne doivent pas être opposés : ils constituent les deux piliers indissociables de l’attractivité économique d’Haïti. Une résolution équitable et rapide de ce dossier constituerait un signal fort envoyé aux investisseurs régionaux et internationaux, prouvant que le Sud-Est est capable de concilier modernisation de ses infrastructures et protection du droit de ses citoyens.
Haiti Business encourage les institutions concernées à privilégier une concertation rapide et constructive. Une solution équilibrée permettrait de sécuriser cet investissement stratégique, de renforcer la confiance des citoyens et d’envoyer un signal positif aux investisseurs qui souhaitent contribuer au développement d’Haïti.
Votre avis compte pour l’avenir de Jacmel ! Selon vous, comment les autorités doivent-elles concilier le respect des droits de propriété privée et l’urgence des projets d’infrastructures publiques ?
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L’article nous présente le projet ambitieux de manière plus claire.🙏
Notre ville souffre depuis des années de ce manque.L’Etat devrait s’accélérer pour la mise en place définitive et le développement de ce projet.
L’article parle sur un sujet qui touche profondément notre ville et nos vies. A travers cet article Mlle. Simon met en lumière les différentes façades qui entourent ce sujet et sa plume est formidable. Je te félicite pour ce magnifique travail. Ne perd jamais cette magnifique flamme qui brule en toi.