Par Jeffrey Carl Augustin
L’élevage de poulet de chair en Haïti est bien plus qu’une simple activité agricole ; c’est un acte de résilience économique. L’air est léger, presque immobile, seulement bercé par le concert naturel de la campagne de Cayes-Jacmel. Ici, loin du tumulte urbain, le silence est un luxe que seuls le chant des oiseaux, le bruissement des insectes et, par intermittence, l’appel vigoureux des coqs viennent interrompre. C’est dans ce cadre bucolique et apaisant que se joue l’avenir d’une partie de la production avicole locale.
Dès mon arrivée sur les lieux, l’immersion est immédiate. Je suis accueilli par Phicien Eximé, l’un des piliers du projet. Il range sa motocyclette avec enthousiasme , le sourire aux lèvres. Avec ses deux associés, Billy Fils (24 ans) et Jean Gaetcheen Junior, ils forment un trio déterminé. Tous trois sont étudiants finissants à l’UNASMOH (Université Américaine des Sciences Modernes d’Haïti). Leur point commun ? Une volonté farouche de ne pas attendre le parchemin du diplôme pour agir concrètement dans le secteur de l’élevage de poulet de chair en Haïti.
Une synergie académique au service du terroir
Si beaucoup de jeunes attendent la fin de leur cycle universitaire pour frapper aux portes des entreprises, Billy, Phicien et Jean Gaetcheen ont choisi de créer la leur. À l’UNASMOH, ils ont acquis les bases théoriques pour affronter la réalité brutale du terrain.
L’organisation de leur ferme est un modèle de répartition des tâches. Billy et Jean Gaetcheen Junior se concentrent sur la dimension purement agronomique : la santé des poules, le suivi de la croissance et la biosécurité. Phicien, quant à lui, apporte une énergie vitale à la gestion quotidienne et à la coordination. Bien qu’ils ne disposent pas d’un économiste de formation dans leurs rangs, leur gestion rigoureuse des intrants et des cycles de vente témoigne d’un instinct entrepreneurial aiguisé. Ils apprennent l’économie par la pratique, celle du « cash-flow » et de la gestion des stocks, là où chaque sac de nourriture compte pour maintenir la viabilité de leur élevage de poulet de chair en Haïti.
La technique derrière la passion : Produire bio en milieu contrôlé
Produire du poulet de chair ne s’improvise pas, surtout dans un contexte où les coûts des intrants fluctuent. Dans leur espace spécialement aménagé, les jeunes futurs agronomes appliquent des protocoles stricts. Contrairement à l’élevage traditionnel qui laisse parfois place à l’improvisation, ici, tout est calibré pour optimiser l’élevage de poulet de chair en Haïti.
Un cycle de production optimisé

Le choix du poulet de chair est stratégique. Avec un cycle de croissance d’environ 45 jours, la rotation des stocks permet de générer des revenus rapidement. « Le secret réside dans la litière », m’explique Billy en montrant le sol. L’utilisation de copeaux de bois permet de maintenir un sol sec, évitant ainsi la prolifération de bactéries. Dans cette campagne paisible, l’hygiène est la priorité absolue pour garantir un produit sain, loin des hormones de croissance industrielles souvent présentes dans les produits importés.
La gestion de l’alimentation : Le nerf de la guerre
Le coût de l’aliment est le principal défi pour tout élevage de poulet de chair en Haïti. Pour rester rentables, ces étudiants de l’UNASMOH doivent calculer au gramme près la ration quotidienne. Une sous-alimentation ralentit la croissance, tandis qu’une suralimentation grignote la marge bénéficiaire déjà fragile. C’est ici que l’expertise technique prend tout son sens, transformant des connaissances universitaires en résultats tangibles.
Le marché local : Entre tradition et business de proximité

Pour l’instant, la ferme ne livre pas encore les grands supermarchés de Port-au-Prince, et c’est un choix délibéré. La clientèle est constituée principalement de marchands locaux et de revendeurs de la zone de Jacmel.
« Vendre aux marchands nous permet de liquider la production en une seule fois », explique Billy. Dans un pays où la logistique de la chaîne reste un obstacle majeur, cette stratégie de vente en gros à des intermédiaires locaux assure une sécurité financière et une rotation rapide du capital. C’est un modèle de circuit court qui soutient l’économie de proximité tout en offrant une viande fraîche aux consommateurs, un avantage compétitif indéniable pour cet élevage de poulet de chair en Haïti.
L’entrepreneuriat comme acte de résistance rurale
Au-delà de l’aspect lucratif, il y a une dimension sociale profonde dans le projet de ces trois étudiants. En s’installant en zone rurale, à Cayes-Jacmel, ils luttent contre l’exode rural et montrent qu’il est possible de réussir en dehors des bureaux climatisés de la ville.
Leur quotidien est fait de sacrifices. Surveiller la température du bâtiment la nuit, s’assurer que l’eau reste propre et fraîche, gérer les imprévus climatiques… Le métier d’entrepreneur agricole est exigeant. Mais comme le souligne Billy Fils, la satisfaction de voir un lot de poulets arriver à maturité en excellente santé compense toutes les nuits courtes passées au chevet de la ferme.
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Conclusion : Une leçon de courage et… un dîner assuré
Le parcours de Billy Fils, Jean Gaetcheen Junior et Phicien Eximé est un signal fort envoyé à la jeunesse. Ces étudiants de l’UNASMOH prouvent que l’agronomie est un secteur porteur pour ceux qui osent transformer la théorie en pratique. Ils ne se contentent pas de rêver d’une Haïti autosuffisante ; ils la construisent, un poulet à la fois, dans le calme inspirant de la campagne de Jacmel, redonnant ses lettres de noblesse à l’élevage de poulet de chair en Haïti.
Après une longue journée de tournage, la visite s’est achevée d’une manière assez inattendue. Visiblement, mon intérêt pour leur expertise a touché leur fibre hospitalière. Je n’ai pas eu droit à une médaille, ni à un diplôme honorifique d’agronomie, mais je suis reparti avec une récompense bien plus concrète : un magnifique poulet, fier représentant de leur savoir-faire. Comme quoi, le journalisme d’investigation mène à tout, même à un excellent dîner dominical grâce au meilleur de l’élevage de poulet de chair en Haïti.
