Rédigé par Jeffrey Carl Augustin
Une voix basse, mais une conviction qui ne tremble pas
La pièce est calme. On entend à peine les bruits de la rue, étouffés par la chaleur lourde de l’après-midi. Elle parle doucement, presque comme si elle priait encore. Et pourtant, dans chaque mot, il y a une force qui tranche. D’jalanta Moïse Jean Doriscan ne raconte pas seulement une initiative. Elle raconte une mission.
« Ce nom, je ne l’ai pas choisi. Je l’ai reçu. »
Dans ses yeux, il n’y a pas de doute. “Femmes de Combat” n’est pas une formule marketing ni un slogan militant. C’est une révélation. Un appel. Et derrière ce mot « combat » il ne s’agit pas d’un affrontement visible, mais d’une lutte plus profonde, enracinée dans le spirituel et projetée dans le social.
Combattre autrement, dans un pays à vif
Dans un pays comme Haïti, où chaque journée peut ressembler à une épreuve, parler de combat pourrait sembler redondant. Mais ici, le combat prend une autre forme. Il ne s’agit pas seulement de survivre, mais de transformer.
D’jalanta insiste : peu importe le contexte, difficile ou non, c’est la présence du Christ dans une vie qui redéfinit tout. Une femme, dit-elle, devient alors nouvelle. Capable d’avancer. Capable de bâtir.
Ce qui frappe, c’est cette manière d’entrelacer foi et action sans les opposer. Chez “Femmes de Combat”, la prière n’est pas une échappatoire. Elle est un point de départ. L’adoration devient discipline quotidienne, presque une respiration. Et de cette respiration naissent des gestes concrets : visiter les malades, tendre la main aux enfants vulnérables, aller vers les oubliés.
Elle évoque ses propres habitudes, bien avant la structuration du groupe. Les anniversaires transformés en moments de don, les repas offerts aux enfants des rues, ces sourires qui restent longtemps après que la nourriture a disparu. « Ils sentent qu’ils sont aimés », murmure-t-elle. Et cela, pour elle, change tout.
Une approche qui rejoint les principes défendus par Caritas Internationalis en matière d’action humanitaire.
Former pour transformer : l’autre bataille
Mais “Femmes de Combat” ne s’arrête pas à l’action ponctuelle. Il y a une autre bataille, plus discrète : celle de la formation.
Les premières années, tout était centré sur le spirituel. Et déjà, les effets se faisaient sentir. Les femmes développaient une foi plus solide, une capacité nouvelle à aimer leur prochain. Mais aujourd’hui, la vision s’élargit. À partir de 2026, la formation devient triple : spirituelle, sociale et professionnelle.
Il ne s’agit plus seulement de croire. Il s’agit de devenir.
D’jalanta parle de restauration de l’identité, d’activation du potentiel, de libération de destinée. Des mots forts, qui prennent racine dans son propre parcours. Elle a grandi dans un environnement où le leadership n’était pas une abstraction. Et aujourd’hui, elle incarne cette continuité.
Être épouse de pasteur ne l’a pas enfermée dans une fonction. Au contraire, elle insiste sur la complémentarité. Son mari ne freine pas son élan, il l’accompagne. Et cette mission, dit-elle, Dieu la préparait depuis longtemps.
Ce qui freine… et ce qui pousse à avancer
Pourtant, tout n’est pas simple. Derrière l’élan, il y a les limites bien concrètes. L’argent manque. Les projets attendent.
Une clinique mobile. Des actions régulières pour les enfants des rues. Des interventions dans les quartiers les plus vulnérables. Autant d’idées qui ne demandent qu’à voir le jour, freinées par une réalité financière implacable.
Mais là encore, la réponse dépasse l’économie. D’jalanta parle de soutien spirituel avec la même insistance que de soutien financier. Elle évoque des besoins en médicaments, en produits de première nécessité, en formations pour les femmes de l’organisation. Ce mélange de tangible et d’intangible résume toute la philosophie du mouvement.
Et puis il y a cette conviction presque contagieuse : chaque femme transformée devient elle-même un agent de transformation. Une chaîne invisible qui, à terme, pourrait redessiner des communautés entières.
Une soirée pour consacrer, pas pour célébrer
Le 25 mars 2026, à Jacmel, ce ne sera pas un anniversaire. D’jalanta tient à la précision. Ce sera un lancement. Une mise à part.
Dans l’enceinte de l’église Terre Ointe, à Morne Casimir, la soirée s’annonce comme un moment dense, presque suspendu. Trois heures où l’adoration, la prière et la prédication s’entrelaceront dans une atmosphère qu’elle décrit déjà comme prophétique.
Le thème, “Une guerrière dans la main de Dieu”, donne le ton. Il ne s’agira pas seulement d’écouter, mais de s’aligner. Pas seulement d’assister, mais de s’engager.
Comme le souligne l’ Épître de Jacques, la foi se manifeste aussi par les actes, notamment envers les plus vulnérables.
Il y aura des déclarations. Une consécration de l’année entière à Dieu. Et surtout, la présentation officielle du nouveau comité qui portera la vision en 2026. Une équipe pensée comme un corps vivant, où chaque rôle participe à l’équilibre global : de la prière à la communication, de l’action sociale à la formation.
La soirée sera également diffusée en direct sur TikTok, signe d’une volonté d’élargir l’espace, de ne pas limiter l’impact aux murs de l’église.
Un mouvement qui cherche à durer
Dans un pays où beaucoup d’initiatives naissent avec éclat avant de s’essouffler, la question de la durabilité est inévitable. D’jalanta ne répond pas avec des stratégies complexes. Elle revient à l’origine.
« Ce n’est pas mon initiative. C’est une mission que Dieu m’a confiée. »
Pour elle, c’est cette source qui garantit la continuité. Mais au-delà de la foi, il y a aussi une structure qui se met en place, un réseau qui se tisse, une vision qui dépasse les frontières. Dans cinq ans, elle imagine “Femmes de Combat” comme un mouvement présent dans plusieurs pays, à la fois groupe de prière et organisation de bienfaisance.
Une double identité assumée.
Et après ?
Après la soirée du 25 mars, tout commencera vraiment. Une réunion est déjà prévue pour bâtir le calendrier annuel, poser les jalons, transformer l’élan en plan d’action.
L’événement est ouvert à tous. Femmes et hommes. Curieux, croyants, sceptiques même. Chacun peut trouver une place, d’une manière ou d’une autre. Les femmes peuvent rejoindre le mouvement, s’engager, se former. Les hommes peuvent soutenir, proposer, contribuer matériellement ou financièrement.
Mais au fond, la véritable invitation est ailleurs.
Elle tient dans cette phrase que D’jalanta glisse presque à la fin, comme une évidence : former une génération de femmes qui vivent réellement ce que Jésus a enseigné. Aimer son prochain. Pas en théorie. En pratique.
Et tandis que l’entretien se termine, une image reste. Celle d’une salle bientôt remplie, des voix qui s’élèvent, des mains levées, et au milieu, cette conviction simple mais radicale : parfois, il suffit que quelques femmes se mettent à combattre autrement pour que toute une ville commence à respirer.
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